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MontbaZine 2020







Edward Hopper



Edward Hopper semble vous inviter à prendre une chaise, à vous asseoir comme devant un arrêt sur image d'un feuilleton dont on aimerait connaître la suite.



Pétri d'influences européennes, françaises et particulièrement parisiennes, ce peintre est peu exposé en France, curieux paradoxe pour celui qui passait des journées entières au Louvre,
devant les toiles de Rembrandt, et l'influence est ici évidente.

Cet artiste, passionné par Proust, et là aussi le clin d’œil est bien là, quand on voit cette femme lisant l'annuaire des chemins de fer dans une chambre d'hôtel, les fesses intimement dénudées et adorablement fendues derrière l'indifférence blasée de cet homme statufié de désastre. Une peinture qui peint ce vide rempli de nous mêmes, prisonnier d'un espace qui pourtant montre toujours une porte de sortie, une fenêtre, une rue, comme si la liberté dépendait encore de nous. Nous pouvons tous projeter notre imaginaire dans les tableaux de Hooper, nos souvenirs d'isolement, anonymes, nos attentes qui s'étirent, et ces implacables silences, si sonores mais en veilles, ces silences froids des silences d'attentes, ces silences où nous cachons nos cris, où nous déguisons notre faim à aimer, à dire notre impuissance à communiquer.

Une tristesse, une mélancolie sourde et muette, une solitude fatale et acceptée, mais pas seulement, on y voit aussi un sens inouï de la lumière, une mélancolie des couleurs, donnant sur des tons chauds une ambiance glaciale, de ce "tamisé" qui rassure les âmes tristes, et bien souvent cette incroyable ironie de l'instant, là aussi, il faut s'attarder, prendre le temps de pénétrer cette oeuvre qui ne peut laisser indifférent...

Patrick Charles Muller (1) (Vu sur Twitter)