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MontbaZine 2022


Le ver dans la pomme !

Depuis décembre 2021 la "firme à la pomme" fait face à deux critiques majeures : 1. sur le travail forcé et le travail des enfants et 2. sur sa gestion des ressources humaines au siège.

"Isaac Newron" par Nadine Abril

Les actionnaires demandent des comptes éthiques
La réunion de fin d'année au sommet d'Apple a été mouvementée. Des actionnaires ont demandé un rapport sur la façon dont l'entreprise s'assure qu'elle n'utilise pas de travailleurs forcés ou d'enfants sur toutes ses chaînes de production et ses sous-traitants. Or les dirigeants n'ont pas du tout envie de répondre à ces questions, notamment sur les relations complexes avec la Chine. Tant et si bien qu'ils ont tenté de bloquer la demande avant l'assemblée générale.

Les Etats-Unis viennent d'interdire les importations depuis la région du Xinjiang, en Chine, en raison du travail forcé. "Il y a une prise de conscience quant aux conditions des Ouïghours et des peuples turcs musulmans, sous le joug du gouvernement chinois", explique Vicky Wyatt, de SumOfUs (1), organisation qui a déjà obligé Apple à mettre à jour sa politique de droits de l'Homme.
En septembre, Cher Scarlett (2) porte plainte auprès de la direction du travail américaine (National Labor Relations Board). Ingénieure applications, elle est embauchée par Apple en mai 2020. Mais rapidement, les conditions de travail se dégradent.

"On m'a couverte de honte et on m'a expliqué mon "étiquette Apple" parce que j'ai parlé de ma santé mentale [elle est bipolaire]. Pendant un an, j'ai essayé de rentrer dans les codes Apple, écrit-elle. J'ai parlé une autre fois dans un message de ma santé mentale, et ceci a débouché plus tard sur une découverte : la surveillance par Apple de ses salariés."

Suivant son exemple, des centaines voix se sont élevées pour montrer les failles de l'entreprise (ainsi que celles des géants du Web), sous le code #AppleToo (3) : de nombreux salariés font l'objet d'une surveillance informatique, surtout ceux qui ont posé des questions quant à leur salaire ou quant aux décisions de leur hiérarchie.

Par exemple, "les Ressources humaines ont demandé à une équipe de créer un algorithme pour savoir qui avait participé à une enquête en ligne sur les salaires."

Apple reproche à Cher Scarlett des "plaintes internes", qui n'apparaissent pourtant pas sur son dossier. Elle se fait arrêter par son médecin. Sa hiérarchie lui demande "d'arrêter de leur causer des maux de tête en parlant mal de l'entreprise", suivi d'un mail soulignant que "les balances n'ont pas leur place chez Apple". Janneke Parrish (4), qui a aussi lancé le #Appletoo, a été licenciée pour "motif fallacieux".

Pour qu'Apple prenne ses responsabilités
Lorsqu'elle quitte Apple en septembre, Cher Scarlett réalise, lors des négociations de rupture de contrat, que la société surveillait ses messages sur le logiciel Slack (5) ainsi que ses messages personnels sur son smartphone. En novembre, elle accepte de retirer sa plainte auprès de la direction du travail sous deux conditions : un an de salaire et surtout une déclaration publique permanente d'Apple sur le droit des salariés de parler de leur salaire et de leurs conditions de travail.

Source : www.dna.fr